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Clarisse Nadembèga : « Nous demandons aux femmes de se battre pour leur indépendance économique »

lundi 8 mars 2021

Le Burkina Faso, à l’instar des autres pays du monde, célèbre la journée mondiale de la femme chaque 8 mars. A l’occasion de cette journée, Les Editions LeFaso.net ont rencontré Mme Clarisse Nadembèga, inspectrice de l’enseignement secondaire, option droit, et présidente de l’Association des femmes juristes du Burkina Faso. Cette association milite pour le respect des droits de la femme et de la jeune fille depuis plus de 25 ans. Sans détours, Mme Nadembèga a donné les motivations qui ont abouti à la création de l’association ainsi que les difficultés qu’elle rencontre. Elle a aussi livré un message à l’endroit de toutes les femmes du Burkina Faso, après avoir donné son appréciation sur la situation de la femme de façon globale au "pays des Hommes intègres".

Lefaso.net : Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer ce qui a conduit à la création de l’Association des femmes juristes du Burkina et à quels besoins répond-t-elle ?

Nadembèga Clarisse : Je suis Mme Nadembèga née Zoungrana Clarisse, inspectrice de l’enseignement secondaire, option droit, présidente de l’Association des femmes juristes du Burkina (AFJB). Ce qui a conduit à la création de l’AFJB, c’est qu’un groupe de femmes juristes en son temps, a fait le constat que les droits des femmes et des filles n’étaient pas effectifs au Burkina et qu’il y avait aussi des discriminations fondées sur le sexe. N’ayant pas de cadre pour les accompagner, elles ont décidé de créer une association dénommée Association des femmes juristes du Burkina Faso pour pouvoir non seulement les informer sur leurs droits mais aussi œuvrer à leur défense. C’est ce qui a motivé la création de cette association en 1993.

Peut-t-on affirmer que l’association est socialement utile, plusieurs années après sa création ?

L’association est socialement très utile parce que nous avons constaté qu’à travers nos cliniques juridiques de Bobo et de Ouagadougou, beaucoup de femmes viennent vers nous en quête d’informations. Elles viennent également pour des conseils juridiques. Nous accompagnons certaines sur le plan juridique afin qu’elles puissent entrer dans leurs droits. En disant cela, nous ne parlons forcement de divorce, mais de cas de femmes qui sont brimées par rapport à leurs droits dans la famille : droits sur les enfants, garde des enfants nés hors mariage... Il y a aussi le cas de femmes qui ont perdu leurs maris. Les femmes ne maitrisent pas forcement le cadre législatif par rapport à la succession. Il y a aussi le fait que la procédure coutumière persiste.

De quels moyens d’action disposez-vous pour lutter contre les violences faites aux femmes ?

Pour atteindre son objectif qui est de lutter contre les discriminations à l’égard des femmes et arriver à l’effectivité des droits des femmes au Burkina, l’AFJB dispose de plusieurs moyens d’action. Il y a d’abord les sensibilisations à l’endroit des femmes elles-mêmes et des populations. Ensuite, à l’endroit des leaders religieux et coutumiers. Nous avons aussi des formations que nous initions à l’endroit des acteurs judiciaires, extra judiciaires et des personnes que nous identifions dans différentes localités que nous appelons des « agents de changement ». A ces derniers, nous donnons des formations sur les droits des femmes.

Vous rencontrez certainement des difficultés. Est-ce que vous pouvez les évoquer ?

Nous avons vraiment des difficultés. Elles sont essentiellement financières. Vous savez que l’accompagnement juridique des femmes est très onéreux. Dans l’année, nous budgétisons à peu près 1,5 millions de francs CFA pour soutenir les avocates qui reçoivent les cas de l’association, si bien qu’il y a en qui se retrouvent avec plus de quarante dossiers sous le bras. Il y a aussi le fait que nous sommes présents seulement à Ouagadougou et Bobo Dioulasso alors que le besoin est partout.

Si nous avions la possibilité d’être partout, cela allait beaucoup aider les femmes. En attendant, nous effectuons des sorties ponctuelles pour mener nos activités. Malgré les sensibilisations, les violences faites aux femmes ont la peau dure. Les pesanteurs socio-culturelles persistent mais cela ne nous décourage pas parce que l’AFJB survit depuis près de 25 ans. Nous avons remarqué qu’il y a une nette amélioration. Les femmes sont plus aptes à dénoncer les violences.

Comment accompagnez-vous les femmes burkinabè dans leur quête d’épanouissement économique ?

En réalité, l’objectif de l’AFJB, n’est pas de garantir l’épanouissement économique des femmes. Nous œuvrons plutôt dans la promotion et la défense de leurs droits. Mais nous savons que les problèmes économiques sont quelques fois à la base de violences. La dépendance économique des femmes vis-à-vis des hommes, est une cause des violences. Ce que nous faisons, c’est de les former pour qu’elles puissent se prendre en charge.

Lorsque nous faisons nos sorties, effectivement, la plupart des femmes évoquent des soucis financiers. Nous avons donc intégré dans nos actions des accompagnements sociaux. Pour le moment, il s’agit de réunir des habits, du savon, un peu d’argent et surtout des vivres pour faire des dons à ces femmes. C’est infime, mais c’est déjà quelque chose. Nous travaillons aussi avec des structures qui accompagnent les femmes dans les activités génératrices de revenues.

Considérez-vous votre démarche comme « féministe » ?

Oui. Mais cela se justifie car lorsque que nous parlons des droits des femmes, ce n’est pas de nouveaux droits que nous réclamons. Le constat est que les femmes arrivent difficilement à jouir des droits qui leurs sont reconnus. C’est pourquoi nous travaillons à ce que les femmes elles-mêmes connaissent leurs droits, que les populations connaissent les droits des femmes afin que le respect soit effectif. Il faut que les femmes aussi puissent exercer leurs droits en tant qu’êtres humains.

Pourquoi, d’après vous, de nombreuses personnes sont allergiques au mot « féminisme » ?

Les gens sont allergiques parce qu’ils pensent que quand on parle de droit de la femme, on veut d’autres droits en plus de ce qui est déjà en place. Ils le sont aussi parce que les pesanteurs socio-culturelles sont pour quelque chose dans cette situation. Quand par exemple quelqu’un a été éduqué dans un environnement où on pense que seul le garçon a des droits, il est difficile de lui faire comprendre par la suite que sa femme a les mêmes droits que lui.

Comment jugez-vous de façon globale, la situation de la femme au Burkina ?

De façon globale, la situation de la femme a évolué positivement. Sur le plan législatif, le Burkina a ratifié beaucoup de textes relatifs aux droits des femmes, au niveau national et international. Il y a même des lois qui ont été adoptées en faveur des femmes. Ces efforts de la part des gouvernants sont vraiment à saluer.

Est-ce que vous pensez que d’autres mécanismes auraient dû être mis en place ?

En réalité tout se résume à la sensibilisation des populations. Parce que le cadre législatif y est. Si les populations acceptaient de respecter ce qui est prévu, nous serions dans un monde où chaque entité profiterait de ses droits. La difficulté, c’est l’acceptation et l’effectivité. Sinon, au niveau légal, nous avons assez d’instruments juridiques qui protègent les droits des femmes au Burkina. Pour ce qui concerne les mécanismes, nous saluons la mise en place d’un centre de prise en charge des victimes de violences, nous saluons également la création d’un numéro vert pour dénoncer les cas de violence basées sur le genre. Ce sont des mécanismes qui vont permettre d’accentuer la protection des femmes et des filles qui sont victimes de violation de leurs droits.

Avez-vous un message à l’endroit de toutes les femmes du Burkina Faso à l’occasion du 8 mars 2021 ?

Notre message à l’endroit des femmes du Burkina à l’occasion du 8 mars, c’est un message d’encouragement. Nous leur demandons de se battre pour une indépendance économique. Le thème de cette année : « Inclusion financière par le numérique pour un développement économique de la femme : défis et perspectives », vient à point nommé car les systèmes bancaires et financiers ne sont pas toujours accessibles aux populations vulnérables, aux populations pauvres.

Parler donc d’inclusion financière revient à dire que la prise en compte de ces populations, majoritairement des femmes, sera une réalité. A l’occasion du 8 mars, nous pensons à toutes ces femmes qui sont victimes de violences, à toutes ces femmes qui se battent jour et nuit pour leur épanouissement. Nous restons solidaires et nous leur souhaitons une bonne fête de la femme dans la réflexion.

Propos recueillis par Obissa Juste MIEN

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