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Habibata Adigoun/Somtoré : « Prôner le respect des droits des femmes ne veut pas dire leur donner plus de pouvoir afin qu’elles puissent brimer les hommes »

lundi 8 mars 2021

Lutter pour la protection des droits des femmes et des filles, c’est la mission du projet « Voix et leadership des femmes » depuis maintenant quelques années au Burkina Faso. Une mission qu’il accomplit à travers plusieurs activités menées sur le terrain : sensibilisation, information, assistance technique et financière des organisations de la société civile, etc. Dans le cadre de la célébration du mois de la femme, nous sommes allées à la rencontre de sa coordonnatrice nationale, Habibata Adigoun/Somtoré, qui revient sur tout ce qui est fait sur le terrain, les acquis, difficultés et des projets en cours.

Lefaso.net : Présentez-nous votre projet « Voix et leadership des femmes » ?

Habibata Adigoun/Somtoré (HAS) : Le projet Voix et leadership des femmes, appelé VLF, est un projet mis en œuvre dans environ 30 pays dans le monde et soutenu par Affaires mondiales Canada. Il est présent au Burkina Faso depuis mars 2019 et travaille pour la connaissance et la protection des droits des femmes et des filles.

Le projet travaille également pour mettre les organisations de défense des droits des femmes en réseautage afin de faire un plus grand lobbying qui puisse travailler pour l’élaboration des lois et textes et améliorer les prestations et services qui sont donnés au niveau communautaire concernant les droits des femmes. Le projet travaille également pour pallier les questions d’accès au financement des organisations de défense des droits des femmes et surtout pour les appuis techniques afin de les rendre plus dynamiques pour qu’elles puissent offrir des services de qualité au niveau communautaire.

Quelles sont les activités que vous menez sur le terrain et quels sont les objectifs visés ?

En termes d’activités, à ce jour nous avons pu lancer deux fonds sur les trois prévus par le projet. Il s’agit d’un fonds réactif pour répondre à la pandémie du Covid-19 afin d’apporter notre appui pour la réduction des violences faites aux femmes et aux filles pendant cette période. Car les statistiques ont montré qu’avec les différentes mesures prises, notamment le confinement, la fermeture des écoles et des marchés, il y a eu une recrudescence des violences faites aux femmes et aux filles.

Nous avons donc, à travers un appel à projets, demandé aux organisations de la société civile de présenter des projets pouvant contribuer à une meilleure connaissance des droits des femmes et à une réduction des violences faites aux femmes et aux filles, tout en apportant une assistance juridique aux femmes et aux filles déjà victimes.

Nous avons aussi lancé un deuxième fonds appelé « Fonds pluriannuel » pour accompagner techniquement et financièrement les organisations retenues. Il y a eu 10 organisations bénéficiaires du fonds réactif et 15 pour le fonds pluriannuel. Tout cela a profité à plus de 67.000 femmes. Les activités ont été menées à travers des émissions radiophoniques, des spots publicitaires, des conférences en ligne, etc. Pour le fonds pluriannuel, nous comptons toucher encore plus de personnes.

Pour revenir aux objectifs, il faut dire que le projet vise l’amélioration de la jouissance globale des droits humains. Parce que, quand on parle des droits des femmes et des filles, cela entre dans le cadre global des droits humains. Nous travaillons donc à l’égalité de genre au niveau du Burkina avec en ligne de mire la réduction de l’inégalité de genre, de sexe. De façon spécifique, nous voulons travailler à l’émergence d’un leadership féminin et renforcer les capacités organisationnelles et institutionnelles des organisations de défense des droits des femmes pour les rendre plus fortes, plus organisées et plus dynamiques.

Quelles sont les difficultés rencontrées en la matière ?

Parmi les difficultés que nous rencontrons, il y a la pression sociale, notamment dans le domaine des violences faites aux femmes. Lorsque nous approchons ces victimes filles ou femmes au niveau communautaire, nous nous rendons compte que la difficulté majeure pour elles, c’est d’aller porter plainte, parce que les bourreaux sont dans la famille. La peur de briser les liens sociaux fait que beaucoup de femmes ou de filles préfèrent souffrir dans le silence. Donc la difficulté majeure, c’est de briser ce silence.

Il y a aussi le fait que celles qui ont le courage d’aller au-delà de cette pression sociale pour dénoncer et porter plainte se heurtent à une lourdeur administrative au niveau de la justice. Ce qui fait que certaines préfèrent abandonner. Surtout que poursuivre son dossier en justice requiert des moyens financiers et du temps. Il y a encore un travail qui doit être fait sur le plan législatif mais également sur le plan des pesanteurs socio-culturelles afin de permettre à ces femmes d’avoir l’accompagnement nécessaire lorsqu’elles sont victimes.

En termes d’acquis, qu’est-ce qui peut être noté sur le terrain ?

En termes d’acquis, VLF a déjà réunis beaucoup d’organisations de défense des droits des femmes dans un cadre d’échange pour créer un réseautage entre elles. L’une de nos missions principales, c’est de permettre aux organisations de défense des femmes d’être en contact et de mutualiser leurs efforts pour avoir plus de résultats sur le terrain. Nous avons pu aussi réunir les grandes organisations des droits des femmes et les plus petites. Ce qui va permettre aux organisations dites grandes de pouvoir soutenir les plus petites. Il y aura un partage d’expériences et un bilan sur tout ce qui concerne la protection des droits des femmes au Burkina Faso.

Quels sont vos projets à court, moyen et long terme ?

A moyen terme, nous voulons accompagner nos partenaires à réaliser leurs buts, parce qu’elles ont élaboré des projets qui vont permettre aux femmes, aux filles et à la communauté de connaitre les droits des femmes dans les détails. Ces projets vont aussi permettre de mettre en place des mesures pour renforcer le mécanisme de protection des droits des femmes et des filles au Burkina afin d’avoir des résultats probants. L’avantage de VLF, c’est qu’il est présent dans plusieurs pays. A long terme, nous allons créer un système de réseautage au-delà du Burkina Faso pour un échange d’expériences qui nous permettra de voir ce qui est fait dans d’autres pays et ce qui permet à d’autres pays d’avoir plus de résultats. Nous pourrons alors nous inspirer d’eux pour agir à notre niveau.

L’égalité entre hommes et femmes est-elle importante pour vous ?

Je pense que l’égalité des genres devrait être la chose la mieux recherchée non seulement par les communautés mais aussi par les politiques. Vivre dans un monde où chacun voit ses droits respectés permet à tous de contribuer au développement du pays. Au cas où une partie voit ses droits brimés, elle restera dans le silence, mais pas pour longtemps. Pour moi donc, nous avons tout intérêt à faire en sorte que chaque citoyenne et citoyen voit ses droits être respectés. Cela permettra d’avoir une société équilibrée.

Quel est le message que vous souhaitez porter à travers vos actions ?

Comme message, j’aimerais dire que peut-être qu’il y a une catégorie de la société qui pense que, lorsque nous parlons des droits des femmes et des filles, nous avons l’intention de renverser la situation. Pour eux, il s’agit de donner plus de pouvoir aux femmes afin qu’elles puissent brimer les hommes. Je veux leur dire qu’il n’en est rien. La promotion et la protection des droits des femmes et des filles ne signifient pas que nous prônons un monde où on renverse la situation pour que ce soient les hommes maintenant qui vont voir leurs droits bafoués et les femmes être au-dessus.

La promotion des droits des femmes et des filles concoure à l’égalité des genres. Et lorsqu’on parle de l’égalité des genres, cela veut dire que chacun et chacune voit ses droits être respectés, voit sa personne être considérée comme il se doit. Nous ne cherchons pas à renverser la situation. Ce n’est pas une revanche, ni une guerre des sexes. Nous cherchons simplement à ce que les droits des hommes et des droits des femmes soient respectés.

Si quelqu’un vous demandait ce qu’il peut faire pour défendre les droits de la femme, que répondriez-vous ?

La première chose, c’est déjà de ne pas être auteur de violences. La deuxième chose, c’est dénoncer toute violence. Si n’êtes pas auteur et que vous avez connaissance d’un cas de violence qui est exercée à l’endroit d’une femme, ne dites pas que cela ne vous concerne pas. Vous avez le devoir de dénoncer ces actes-là. Vous participez ainsi à assainir le milieu dans lequel vous êtes et à faire la promotion des droits des femmes et des filles.

L’actualité nous amène à vous demander votre avis sur le lancement officiel du numéro vert de dénonciation des violences basées sur le genre ?

Je pense que c’est un geste fort et salutaire, parce que le tissu social fait qu’il y a des personnes qui veulent bien dénoncer, mais qui ont peur. Donc, avoir un numéro vert (80 00 12 87, Ndlr), c’est déjà protéger l’anonymat de ceux ou celles qui dénoncent. C’est aussi un geste fort pour montrer à l’opinion qu’il y a des mesures prises pour faciliter la dénonciation des violences faites aux femmes et aux filles. Maintenant, il s’agit de parfaire ce mécanisme qui est mis en place pour assurer la protection des droits des femmes et des filles. J’invite toute la population à utiliser ce numéro vert et à ne pas être complice d’actes de violences à l’endroit des femmes et des filles. C’est un devoir citoyen. Chacun et chacune devrait véritablement dénoncer tout acte de violence à l’endroit d’une femme ou d’une fille.

Interview réalisée par Yvette Zongo

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