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Esther Rouamba : Une commerçante dans l’âme

samedi 9 mars 2019

Tapies dans l’ombre, elles sont nombreuses, ces femmes burkinabè qui, chaque jour, font vivre leurs familles au prix de la détermination et contre toutes les vicissitudes de la vie. Est de celles-là, Esther Rouamba, vendeuse de condiments au marché de Larlé (quartier situé dans la partie Nord-ouest de la capitale) depuis plus d’une dizaine d’années. Au-delà d’un gagne-pain, son commerce est aujourd’hui un business qu’elle mène avec courage et passion.

Esther Rouamba est mère de six enfants. Il était 4h30, lorsqu’elle nous a reçues à son domicile, sis au quartier Tampouy (quartier voisin de celui de son lieu de commerce) à Ouagadougou. Au moment où sa famille est encore au lit, cette dame, la quarantaine révolue, est sur pied. Dans un premier temps, elle se consacre à ses travaux ménagers, car pour elle, une bonne femme doit toujours soigner son cadre de vie. Ce n’est qu’après ce devoir accompli qu’elle se consacre à son activité génératrice de revenus.

Vêtue d’un ensemble pagne, notre commerçante met le cap sur le légendaire marché de Larlé. Une fois sur place, elle met de l’ordre, assure la propreté autour de son commerce et étale soigneusement ses condiments sur des rayons, entendant l’arrivée de ses potentielles « consœurs » qui s’approvisionnent en gros pour revendre dans les marchés et yaars de la capitale. De l’autre côté de son hangar, sont exposés aux clients, oignons, pomme de terre, ail et feuilles de bissap, etc.

Au four et au moulin, elle ne se lasse de répondre avec sourire et tonus aux sollicitations de ses clientes. Mme Rouamba a un goût aiguisé pour le défi. « Chaque jour, je me dis qu’il faut que je fasse mieux qu’hier », a-t-elle confié. Sa journée qui a débuté timidement, a pris une autre allure en un laps de temps. Au regard de la qualité de ses marchandises, les femmes se bousculent sur ses étales. « Je suis la première, madame. Servez-moi d’abord. Elles sont venues après moi », pouvait-on entendre des clientes qui affluent chez elle.

En termes de recettes, son business lui apporte d’énormes satisfactions, même si par moment, la clientèle n’est pas au rendez-vous. Ce qui lui permet, depuis le décès de son mari, il y a de cela quelques années, d’assurer la scolarité de ses deux enfants et de faire face à certaines dépenses de la famille. Mme Rouamba a su inculquer l’amour du commerce à ses quatre autres enfants. « Mon premier fils fait de l’import-export. Il est présentement à Lomé. Quant à mes trois filles, leur spécialité c’est la vente des pagnes », dit-elle fièrement.

« Au mois d’avril, j’enregistre d’énormes pertes surtout avec les tomates fraîches. Ce qui joue sur mes recettes. Par ailleurs, on agresse les femmes, puisqu’elles sont matinales. J’en ai moi-même été victime. Mes agresseurs ont pris tout ce que j’avais sur moi comme liquidités. Mais je rends grâce à Dieu, parce qu’ils ne m’ont pas fait de mal physiquement. Cependant, j’ai eu la peur de ma vie. Je me rappelle qu’après ce très triste épisode, mon mari, qui vivait en ce moment, m’accompagnait jusqu’au marché. De nos jours, il y a la sécurité », retrace-t-elle.

Lorsqu’on lui demande si elle rencontre des difficultés dans l’exercice de son métier, elle évoque aussi, le visage assombri, la co-habitation avec les autres commerçantes. « Entre femmes, c’est très compliqué. Souvent, il y a des bisbilles entre nous, mais ça ne part pas loin. On se dit la vérité et c’est fini », confie-t-elle.

Si aujourd’hui, elle est une référence, ses débuts n’ont pas été faciles. « Ma timidité était un blocage. Je n’arrivais pas à aborder les clients. Du coup, je pouvais me retrouver avec une importante quantité de condiments avariés, que j’ai pourtant pris à crédit pour vendre », explique-t-elle. Dame Rouamba a une ambition : améliorer son cadre de travail. Elle compte se donner les moyens pour relever ce défi. Se prononçant sur la commémoration de la Journée internationale de la femme, la commerçante invite « ses sœurs » à sursoir aux manifestations de réjouissance.

« Cette année, au regard de la situation nationale, on ne doit pas célébrer le 8 mars. Nos enfants qui sont nos espoirs sont tués par des terroristes dans certaines régions du pays. J’invite donc toutes les femmes à célébrer cette journée dans la sobriété. Au lieu d’aller danser dans les maquis et bars, vous pouvez, par exemple, préparer un repas copieux pour votre mari », invite Esther Rouamba.

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

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