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Zoom sur Améyo Marie Gnamakou, la reine de Dokounou

samedi 17 mars 2018

La vie ne lui a pas fait de cadeau, mais Améyo Marie Gnamakou a su garder la tête haute. Femme entreprenante, audacieuse, cette restauratrice togolaise force aujourd’hui le respect au pays des Hommes intègres.

Améyo Marie Gnamakou a vu le jour en 1959 à Zion, un village du Togo. A peine âgée de 4ans, elle perd sa mère des suites de maladie. Vu son jeune âge, elle est confiée à l’une de ses tantes paternelles. C’est le début d’une vie faite de douleur et de tristesse. L’adolescence passée, elle décide de prendre sa vie en main loin de sa tante. En mai 1979, elle arrive pour la première fois en Haute-Volta, actuel Burkina Faso, avec pour seul bagage un petit sac contenant le strict minimum. Elle n’a que 20 ans.

Pour subvenir à ses besoins, elle se met très vite à la cuisine au quartier Zangoetin de Ouagadougou. Cette première expérience en terre inconnue n’a pas été un long fleuve tranquille. « J’ai eu d’énormes problèmes avec les autres restaurateurs. Impuissante, j’ai replié bagages et je suis rentrée au pays ». Quatre ans, c’est le temps qu’elle passe auprès des siens avant de tenter une seconde fois l’aventure au « pays des hommes intègres » ; et ce, avec une nouvelle perspective.

Elle se reconvertit dans la commercialisation d’articles, tels que les pagnes, une affaire qui prospère dans son pays natal. Pour écouler ses marchandises, elle faisait la navette entre Koudougou et Yako. Cette activité, qu’elle jugeait pourtant rentable, n’a pas fait long feu.

Dame Gnamakou ne désespère pas pour autant. Mieux, elle se lance de nouveau dans ce qu’elle sait faire le mieux, la cuisine. Cette fois-ci, elle quitte Zangoetin pour le quartier Pag-la-yiri. Là encore, elle a bravé des difficultés avant de se faire une place dans la préparation du dokounou, Un mélange d’amidon de maïs et de manioc fermenté cuit à la vapeur.

A ses débuts, elle n’était pas un cordon bleu. « C’est une généreuse compatriote qui m’a appris à faire le dokounou », a-t-elle avoué. Cette recette accompagnée de poisson, de sauce tomate, d’un délicieux « piment noir », est beaucoup prisée par les élèves du Lycée Saint Joseph.

De bouche à oreille, Gnamakou Améyo Marie communément appelée « Marie » va très vite devenir célèbre. Dans son modeste restaurant se bousculent de nombreux clients. La confiance que ces derniers lui portent est sans doute due à l’hygiène qu’elle s’attèle à bien respecter. « Contrairement à certaines, je n’achète pas les tomates et les piments pourris. Aussi, je fais ma cuisine devant mes clients », soutient-elle.
En plus de sa spécialité, elle propose divers menus lors des grandes cérémonies telles que les mariages et baptêmes. Pour l’instant, elle se sent à l’aise dans le domaine culinaire si bien qu’elle y consacre tout son temps. Toutefois, elle trouve du temps pour participer aux activités de son église. A la question de savoir comment marchent ses affaires, elle répond, un sourire aux lèvres : « ça marche comme-ci comme-ça, mais j’arrive à m’en sortir ».

Sa réussite, elle la doit également à ses trois filles qui au quotidien l’aident dans son business. Il s’agit notamment de Akpaloo Mawusi Yama Yolande, Mme Kafando Rachidatou et Adabla Ami-Marina âgées respectivement de 37, 30 et 21 ans. « Mes relations amoureuses avec les pères de mes enfants n’ont pas marché, pourtant j’ai tout essayé », confie-t-elle, avec un pincement au cœur. Et si son visage s’illumine quand elle parle de son restaurant, il s’assombrit quand il s’agit d’évoquer les difficultés notamment le manque de personnel.

« Les femmes qui m’accompagnent dans mes travaux ne sont pas régulières. Souvent je me retrouve à faire le travail avec mes filles. Et ce n’est pas facile ». Aussi, elle souhaiterait un jour aménager dans un cadre beaucoup plus enchanteur. « Si quelqu’un a une villa en location, de préférence une cour unique, qu’il n’hésite pas à me contacter. Je promets d’en prendre bien soin », a-t-elle lancé.

Espérons que son cri de cœur sera entendu. Mais, elle fait face à tous ses obstacles avec beaucoup d’enthousiasme. A l’adresse des femmes qui ambitionnent se lancer dans la restauration, elle leur recommande l’amour du travail, la patience et surtout la foi en Dieu. Car, dit-elle, « avec Dieu, tout est possible ici bas ».

Situation nationale oblige, cette femme inspirante s’est prononcée sur la double attaque du 2 mars 2018 dernier : « Ces attaques m’ont beaucoup touchée. Je suis au Burkina Faso cela fait maintenant 40 ans. Si ça continue ainsi, je me demande ce que nous allons devenir. Je prie le bon Dieu pour qu’il nous épargne une telle situation à l’avenir ».

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

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