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8-mars : Germaine Compaoré, la femme aux multiples casquettes

mardi 10 mars 2020

Il y a de cela 22 ans que madame Compaoré née Bonkoungou Germaine abandonnait l’école pour le foyer, alors qu’elle était en classe de 3e. Une compromission de son avenir ? Certainement pas ! Madame Compaoré ne baissera pas les bras. Malgré son statut de mère et femme de ménage, elle va tenter une carrière professionnelle et même poursuivre ses études. Elle obtient une licence en communication-marketing et un Brevet de technicien supérieur (BTS) en secrétariat-bureautique. Germaine a vécu plusieurs expériences avant de s’installer dans le tissage. Portrait.

Nul n’est maître de son destin, mais l’on peut l’influencer. Combien sont ces filles qui, par le fait de l’accouchement ou du ménage, ont définitivement rompu avec les études ? Eh bien, ce ne fut pas le cas de madame Compaoré née Bonkoungou Germaine.

A huit ans, Germaine Compaoré n’était toujours pas inscrite à l’école. « J’ai failli être victime de l’idée selon laquelle on ne met pas un enfant à l’école parce qu’il est une fille », raconte Germaine Compaoré. C’est à neuf ans qu’elle sera scolarisée, après avoir insisté auprès de sa mère. « Arrivée à l’école, on nous a mis de côté. Nous étions huit qui avaient l’âge avancé. Ils ont d’abord pris ceux qui étaient dans la fourchette, il est resté des places et ils ont décidé ensuite de nous prendre », se remémore-t-elle.

Devenue la fille chérie de son papa par les nombreux exploits qu’elle réalisait à l’école, Germaine Compaoré bénéficie de l’appui de ce dernier, qui décide désormais de l’accompagner dans ses études. « J’étais toujours parmi les cinq premiers. Avec les primes qu’on donnait aux meilleurs de la classe, cela a galvanisé le papa et il s’est reconverti pour m’accorder une chance et tout ce qui est nécessaire pour aller à l’école », confie madame Compaoré. Mais tout cela était sans compter avec les conséquences que les exigences corporelles peuvent infliger lorsqu’on commence à titiller l’âge de la majorité. C’est ainsi qu’elle tombe enceinte en 1998, alors qu’elle était en classe de troisième, une chose qui lui a coûté ses examens de fin d’année. Elle rejoint dès lors le domicile conjugal. Mais Germaine ne compte pas en rester là. Elle décide de poursuivre ses études en candidature libre. Une fois de plus, elle rate le Brevet d’études du premier cycle (BEPC) en 1999. C’est en 2000, alors qu’elle était candidate libre pour la seconde fois, qu’elle va finalement décrocher son diplôme.

De stagiaire à conseillère en développement local

Mais bien avant cette réussite à l’examen, Germaine Compaoré avait décroché un stage à l’ex-Voirie de Ouagadougou comme secrétaire standardiste, alors qu’elle était enceinte de sa première fille. « Je donnais un coup de main à la secrétaire et je jouais en même temps le rôle de standardiste », nous informe Germaine Compaoré, qui avoue avoir été éloignée de ce boulot par l’accouchement. « Après l’accouchement, quand je suis repartie, ils m’ont dit dommage, il y a eu quelqu’un d’autre qui m’avait remplacée dans le rôle que je faisais ».

Comme la plupart des femmes non-scolarisées, Germaine va commencer à faire du commerce en vendant des fruits, de l’eau et même du bois dans la capitale burkinabè. Après le BEPC, elle réussit à se faire embaucher par un entrepreneur du domaine de la menuiserie métallique, qu’elle avait rencontré à l’ex-Voirie. En parallèle, Germaine s’inscrit en secrétariat-bureautique au Lycée Saint-Laurent et obtient le BEP. Avec ce diplôme, elle ira travailler au Lycée Universalis comme secrétaire pendant cinq ans, de 2004 à 2009, puis à l’Institut polytechnique Shalom, de 2009 à 2013. Mais de tout ce parcours, il n’y a qu’au Lycée Universalis que Germaine Compaoré était déclarée à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Alors qu’elle était à l’Institut Shalom, Germaine se donne le devoir de décrocher un diplôme supérieur. Elle s’inscrit au CEFIG avec son BEP pour faire le BTS et parallèlement en Terminale pour faire le baccalauréat. « Arrivée au CEFIG, on me pose la condition d’obtenir 12 de moyenne en fin d’année et le Bac avant de passer en deuxième année ; ou soit ils considèrent mon année comme une année préparatoire », se souvient-elle. Ayant compris qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur, Germaine fit de son mieux pour relever le pari des 12 de moyenne et obtenir son Bac. Elle sort de cet institut avec le BTS et par la suite avec la licence en marketing-communication à l’Institut supérieur polytechnique privé (ISPP).

De l’institut polytechnique privé Shalom, Germaine passe un test de recrutement de niveau Bac + 3 au Conseil régional du Centre pour le compte du Programme de transformation et de modernisation de l’économie informelle (PTMI). « Dans un premier temps, on nous a recrutés en tant que superviseurs. Et avec le temps, nous sommes passés à conseillers en développement local. Et cela, de 2013 à 2017 », a-t-elle déclaré. Et c’est en 2017, poursuit-elle « que j’ai pris l’initiative de m’installer à mon propre compte et de créer de l’emplois pour d’autres personnes ».

Une femme à plusieurs casquettes

Après la licence en marketing-communication, Germaine suspendra ses études pour une aventure en politique. Elle était responsable des femmes de sa zone quand elle est élue conseillère municipale en 2012 pour le compte de l’arrondissement N°6 de Ouagadougou. Leur mandat sera écourté par l’insurrection populaire de 2014. Dans le domaine du tissage, madame Compaoré née Bonkoungou Germaine est présidente de l’Association des tisseuses Teegawendé, secrétaire générale de la Fédération nationale des tisseuses du Burkina et trésorière de la Confédération coton textile et habillement, récemment mise en place. Elle est également présidente de l’Association femme unies pour le progrès du Faso et a sa propre entreprise dénommée Innova Textile et service, qui est aussi un centre de formation professionnelle qui est implantée dans le commune rurale de Saaba.

Le tissage, une passion pour madame Compaoré

Germaine était dans le quartier Kourittenga à Ouagadougou, qui était à l’époque une zone non-lotie. Dans ce quartier, presque dans chaque cours, il y avait une femme qui tissait. Etant au Lycée Universalis, elle aidait les tisseuses de son quartier à écouler leurs produits. Elle prenait des pagnes pour vendre aux enseignants, sans faire une marge. Et c’est là qu’est née chez Germaine la passion pour le tissage. « Je voyais que c’était un secteur très porteur, et je me suis dit pourquoi ne pas se mettre ensemble pour pouvoir aller de l’avant. Et c’est ainsi que nous avons mis en place l’Association des femmes tisseuses Teegawendé en 2008-2009 », dit-elle.

Aujourd’hui, l’association compte plus de 300 femmes avec un chiffre d’affaires mensuel de plus de 10 millions de F CFA. Pour ce qui est de son entreprise Innova textile et habillement, elle raconte que c’est à partir des expériences vécues qu’elle a eu l’inspiration. « Je me suis dit qu’au-delà de l’esprit associatif, il fallait avoir un esprit créatif de grande envergure. C’est pourquoi j’ai créé Innova Textile et habillement ». Il sera un centre de production à grande échelle et un centre de formation professionnelle qui va bénéficier aux jeunes. Si les jeunes ne veulent pas aujourd’hui embrasser cette filière, c’est parce que tout simplement ce n’est pas sanctionné par des diplômes. Donc la vision, c’est de pouvoir livrer des diplômes qui vont servir à l’emploi et à l’entreprenariat pour contribuer au développement du secteur.

Germaine Compaoré est mère de trois enfants dont deux filles et un garçon.

Etienne Lankoandé
Lefaso.net

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