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L’énurésie nocturne chez les jeunes filles : Silence, elles souffrent !

jeudi 23 mai 2019

L’excrétion de l’urine chez les humains est un phénomène biologique naturel. Mais quand des jeunes filles de 8 ans et plus le font toujours au lit, c’est anormal. C’est faux de penser que seuls les nouveau-nés font pipi au lit. Témoignage d’une victime de 18 ans.

Même si les cas sont rares, beaucoup de jeunes filles et de femmes ont du mal à retenir leur urine pendant le sommeil : c’est l’énurésie. Cette maladie qui ronge silencieusement est une épée de Damoclès qui pèse sur la tête des victimes.

Sara, une jeune fille de 18 ans qui souffre de l’énurésie, raconte son calvaire : « Une jeune fille qui fait pipi au lit fait face à toutes les moqueries et bien d’autres conséquences. Je vis ce cauchemar depuis 18 ans. Depuis, je tente par tous les moyens d’en guérir. C’est une maladie honteuse qui me ronge intérieurement ».

Sa mère, désespérée, fait le tour des guérisseurs pour que sa fille soit soulagée de ce mal. Effrayée et perturbée par les médisances de son entourage, Sara commença à faire des rituels qui consistaient « à attacher des amulettes autour de sa taille et ensuite se laver avec une eau potassée avant de s’asseoir sur un balai pour manger. Et comme si cela ne suffisait pas, elle doit porter un canari d’eau percé de tous les cotés très tôt le matin ». Malgré ces interminables efforts, « la honte refuse de s’en aller ».

Sara se tourne alors vers les prières, faisant ainsi le tour des églises. Certains pasteurs lui confessent que son corps est habité par des esprits mauvais et que si elle veut être sauvée, elle doit prendre part aux prières de délivrance. En attendant, elle continue de pratiquer les rituels recommandés par le féticheur. Mais jusque-là, la guérison ne pointe pas à l’horizon.

Sara se sent aujourd’hui complexée et chaque fois que la nuit tombe, « bonjour les soucis ». Du fait de cette maladie, elle est condamnée à passer ses nuits à la maison, n’osant pas mettre le nez dehors. « L’énurésie m’empêche d’avoir une compagnie car je me sentirais ridiculisée », témoigne-t-elle.

Ce que disent les spécialistes

Pour comprendre ce mal qui torture silencieusement certaines jeunes filles, nous sommes allés à la rencontre d’un spécialiste, un gynécologue obstétricien, Dr Yacouba Ouattara.

Selon le médecin, « l’énurésie nocturne est un trouble urinaire qui se manifeste chez l’enfant de plus de 8 ans ou chez les adultes, par des mictions involontaires pendant le sommeil. Pour les enfants, il est tout à fait normal de ‘’faire pipi au lit’’ ; mais quand des filles matures le font involontairement, il est important que l’on s’y attarde. Normalement, l’envie d’uriner se fait sentir. Mais si tel n’est pas le cas, il faut chercher à comprendre l’histoire de la personne, ses habitudes, son profil pour pouvoir l’aider à surmonter cette difficulté. Ce sont des cas rares mais auxquels on doit s’intéresser sérieusement ».

Selon Dr Ouattara, « l’énurésie peut survenir à la suite de divers évènements de la vie, c’est pourquoi il faut chercher à comprendre la personne qui souffre. Les études ont prouvé que si les parents ont été énurétiques, les enfants peuvent en souffrir. Une expérience de vie stressante peut provoquer l’énurésie. Elle peut résulter d’une infection des voies urinaires. Elle peut aussi résulter des effets secondaires des médicaments qu’on a pris (il y a des médicaments qui abattent et qui font dormir, alors que quand l’organisme et en repos, le subconscient relâche et on perd les urines inconsciemment). L’énurésie peut par ailleurs être due à une vessie hyperactive ».

Chaque personne qui souffre d’énurésie se pose la question suivante : « Comment se fait-il que je ne m’éveille pas quand j’ai envie d’uriner ? ». Malheureusement, il est difficile de répondre clairement à la question, même si on connaît les causes de cette maladie. En général, le corps produit moins d’urines pendant le sommeil. Cependant, certaines personnes en produisent en grande quantité ; ce qui explique pourquoi la vessie a besoin d’être vidée. Celles qui souffrent de l’énurésie peuvent avoir une capacité vésicale fonctionnelle plus faible que la normale. Parfois, une activité excessive du muscle de la vessie ralentit son rythme de remplissage. Par conséquent, la CFV (Capacité fonctionnelle vésicale) n’est pas élevée.

Les médicaments non-apparentés, les médicaments administrés pour les problèmes cardiaques, diabétiques et de tension artérielle ou pour le traitement des maladies mentales peuvent altérer le fonctionnement du système urinaire, ce qui fait perdre le contrôle de la vessie. L’infection des voies urinaires peut aussi causer une énurésie nocturne. Elle peut aussi être provoquée par le stress et l’anxiété liés à une situation récente et persister longtemps après sa disparition.

Les conséquences liées à l’énurésie et les possibilités de sa gestion

L’énurésie est une maladie qui touche à la dignité. Une fille qui en souffre d’un problème de vie en communauté. Cette personne devient introvertie, se replie sur elle-même. Les jeunes filles atteintes d’énurésie se sentent ridicules et démunies. Lorsque l’énurésie n’est pas adéquatement gérée, elle peut perturber la routine, vous empêchant de passer ainsi une nuit en dehors de votre maison, de prendre des vacances et d’effectuer des voyages. Une femme atteinte de cette maladie ne peut pas avoir une relation normale et franche avec son amant ou son mari. C’est un mal qui affecte psychologiquement, qui déprime silencieusement et qui fait l’objet de médisances, ce qui donne un vécu douloureux aux personnes souffrantes…

Les victimes très souvent, cachent leur maladie, d’autant plus qu’elles considèrent que c’est honteux d’en parler. Cependant, il est possible de gérer l’énurésie pour éviter que les fuites urinaires ne perturbent votre sommeil.

La première des choses est de chercher à comprendre la cause. Le « pourquoi » peut être lié à l’histoire de la famille de la personne, à son passé, etc. Après cela, on peut envisager son traitement. A priori, une victime d’énurésie a besoin d’un accompagnement psychologique : il faut l’aider à retrouver sa dignité, à accepter son mal, à sortir de son silence pour se libérer.

La consommation de liquides doit être réduite (minimiser les boissons surtout les après-midis et la nuit avant de dormir). Il faut réveiller la personne régulièrement pour éviter le phénomène de surprise : le fait de l’habituer à se lever pour uriner est une rééducation et évite la vidange inappropriée de la vessie.

Il faut également éviter les boissons gazeuses et alcoolisées qui augmentent la production de l’urine.

Selon Dr Ouattara, « la seule façon pour les victimes de se faire aider, c’est de sortir de leur silence ».

P.M. OUEDRAOGO

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