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Agriculture : ces femmes qui ont leurs propres champs

mardi 11 septembre 2018

La saison des pluies bat son plein. Les paysans s’activent pour arracher les dernières mauvaises herbes, dans l’espoir de faire de bonnes récoltes. Pour cela, rien n’est laissé au hasard. Du matin au coucher du soleil, ils travaillent sans relâche dans les champs. Dans ce contexte, les femmes, ne disposant pas de terres, doivent non seulement compter sur de bonnes grâces pour avoir un lopin à exploiter, mais aussi obtenir l’autorisation du chef de famille pour mener des activités champêtres. La plupart du temps, elles se consacrent à la culture d’arachides, de pois de terre, de gombo, de petit mil, etc. Nous avons rendu visite à trois femmes dans le village de Sohn, commune rurale de Oula, dans la région du Nord, à 15 kilomètres de Ouahigouya.

Sohn est un village de la province du Yatenga. A l’image de la majorité des Burkinabè, les habitants de ce village ont l’agriculture comme activité principale. Les femmes ne sont pas en marge, en cette saison des pluies. Elles se battent aux côtés de leurs maris, dans l’espoir de faire de bonnes récoltes. En plus du champ familial, les femmes ont, elles aussi, des champs personnels. N’étant pas propriétaires terriens, elles doivent compter sur les hommes. Ce n’est pas toujours facile. Mais cette année, Aïcha Guiro peut se frotter les mains. Elle a obtenu des terres à exploiter. Elle a même consacré un demi-hectare pour produire des arachides. C’est avec joie qu’elle nous a fait visiter son champ.

Les années antérieures, les productions de dame Guiro se réduisaient à la consommation. Mais depuis un certain temps, elle et les membres de son groupement bénéficient d’un appui technique de diverses associations de développement et d’institutions publiques. Avant, raconte-t-elle, « on semait à la volée, c’est-à-dire qu’on jetait les grains un peu partout. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas ; nous semons en ligne. Cela facilite le bon développement des racines. Ce qui prédispose à une bonne production ».

Ce sont des suggestions du ministère de l’Agriculture. Sur le terrain, des organisations de développement comme l’Association formation développement ruralité (AFDR) accompagnent les agriculteurs et mettent un accent particulier sur la gent féminine. Dans le cadre du projet Innovation et mobilisation pour la sécurité alimentaire (IMSA), elles bénéficient d’intrants et de conseils. L’association a également fait des plaidoiries pour l’accès des terres aux femmes.

Tout comme Aïcha Guiro, Salimata Tinto a, elle aussi, un champ d’arachides. Elle est optimiste, vu l’abondance des pluies en ce moment. Elle espère faire de bonnes récoltes. Ainsi, elle pourrait utiliser une partie pour la consommation familiale. L’autre partie, elle compte la vendre sur le marché. Cela va lui permettre de contribuer aux charges familiales. Elle confesse : « La vente va me permettre de faire des économies. Ainsi, je pourrai acheter les intrants pour l’année prochaine, m’occuper de la santé et de la scolarité de mes enfants. Avec le reste, je pourrai acheter un ou deux moutons pour faire mon petit élevage ».

Ces femmes rêvent d’une bonne saison, mais la bonne pluviométrie n’est pas le seul facteur qui entre en ligne de compte. Des maladies s’attaquent souvent aux plantes. C’est le cas des « aflatoxines » qui s’attaquent aux arachides. Pour Yves Vital Sawadogo de l’AFDR, ce sont des toxines (mycotoxines) produites par des moisissures ; des champignons pouvant se développer et produire les toxines plus facilement dans les régions chaudes et humides comme le Burkina Faso.

Cette maladie, poursuit-il, constitue un handicap lors de la commercialisation des arachides et du maïs. La maladie est considérée comme une cause du cancer de foie. Mais grâce à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) et à un certain nombre de partenaires, une solution a été trouvée au Burkina : il s’agit de « l’aflasafe ».

Pour éviter de mauvaises récoltes, certains producteurs, grâce à l’AFDR, disposent du produit. C’est le cas de Youngo Ouédraogo. A notre passage, elle était en train de répandre le produit dans son champ. Ainsi, elle est sûre qu’elle pourra faire de belles récoltes. Pour l’entretien de son champ, ce n’était pas facile. « Je me lève tôt le matin pour venir m’occuper de mon champ personnel. Après, je pars me préparer pour le champ collectif. Le soir, je reviens pour débarrasser mes plantes des mauvaises herbes avant de rejoindre la maison. Je me prive souvent de repos pour prendre soin de mes champs », témoigne cette dame. Cette situation est vécue par la majorité des femmes rurales.

Au-delà de ces trois femmes, elles sont des milliers à faire la même chose. En attendant, elles croisent toutes les doigts pour que les pluies arrivent à terme.

Dimitri Ouédraogo
meetrys@yahoo.fr
Lefaso.net

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