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Femmes concasseuses de pierres : Pour la pitance et rien que…

vendredi 27 janvier 2017

De braves et battantes femmes. Elles, ce sont les concasseuses de pierres. Certaines d’entre elles, bambins attachés en califourchon, allaitent leur bébé tout en travaillant. Assises à même le sol, sous des hangars d’infortune, ces femmes admirables aux regards ternes, travaillent sous le soleil ardent, à la recherche de la pitance quotidienne.

A les en croire, dès six heures du matin, certaines d’entre elles sont sur le site de concasse de pierres situé à quelques encablures de la carrière de feu Oumarou Kanazoé entre les quartiers Yagma et Marcousis de Ouagadougou, en train de concasser les pierres où en train de ramasser le sable ou le gravillon. Chaque jour, en partant au service, nous ne faisons qu’admirer la force de caractère et la ténacité de ces femmes. Et nous nous sommes demandé pourquoi ne pas les interviewer pour en savoir plus ? Mais quelle ne fut notre surprise, à notre arrivée sur le site ce mardi 10 janvier 2017 aux environs de 12heures, une heure où le soleil bat son plein ? Quelle misère ? Que dire…quelle indignation ? Lisez plutôt !

Ilboudo Mariam, les larmes aux yeux  : « Je suis malade, trois de mes enfants sont décédés, mon mari également, je vis dans la misère »

« Je suis malade, trois de mes enfants sont décédés, mon mari également, je vis dans la misère. (Larmes… s’en suit un soupir… un temps de silence comme si elle était perdue dans ses pensées...). Ceux qui me restaient, je les ai scolarisés mais ils ne sont pas allés loin par manque de moyens. Je n’ai pas de maison. La saison hivernale passée l’a emportée. Je dors à l’air libre. J’ai mal aux genoux, mais je ne peux pas rester à la maison. Sinon qui va me donner à manger. En plus de concasser les pierres, je ramasse le sable comme le font d’ailleurs toutes les femmes qui sont sur le site. Ce sont nos petits-enfants qui en souffrent le plus puisque leurs mamans sont avec nous dans ce métier. Il y a beaucoup d’orphelins sur le site. Pour payer le loyer dans les non lotis- puisque c’est là que la plus part d’entre nous vivent-, c’est tout un calvaire. Dans la carrière dans laquelle nous partons chercher les pierres, il y a des femmes qui y perdent souvent leur vie. Par exemple, cette année, il y a une femme qui est morte dans l’un des trous. C’est le fait que nous n’ayons pas à manger qui nous amène à souffrir ainsi. Comme la plupart des personnes qui travaillent sur le site, je mange deux fois par jour, à raison de 100f le matin et 100f le soir, et cela, c’est quand j’en ai. J’en appelle à vive voix aux autorités de ce pays afin qu’ils nous aident. Pour nous les vielles, c’est fini, nos jours sont comptés, mais et nos enfants et nos petits-enfants, que deviendront-ils ? »

Tapsoaba Rasmata  : « Il y a vingt ans de cela que j’exerce ce métier »

« Il y a vingt ans de cela que j’exerce ce métier, c’est une souffrance, il n’y a pas de bénéfice, ce qui me fait mal, c’est que nos filles sont également en train de concasser les pierres. Notre souhait était de les voir faire autre chose afin de s’épanouir. Les pierres coûtent très chers. Il y a des gens qui sont venus prendre nos noms afin de nous aider mais depuis lors, on n’a plus de leurs nouvelles. Premièrement c’est un blanc (personne de peau blanche, ndlr) et un Burkinabè qui sont venus, mais par la suite on n’a rien vu. Les vielles femmes sont fatiguées, on n’a plus la force, le travail est très harassant et pénible. On se blesse, on n’arrive pas à bien dormir la nuit. C’est parce qu’on veut manger qu’on est toujours là. »

Sodré Fatima, âgée d’une trentaine d’années et mère de trois enfants
« Le travail de concassage de pierres est très pénible et sans bénéfice »

« Le travail de concassage de pierres est un travail pénible et sans bénéfice. C’est le manque d’emploi qui m’a amenée à concasser les pierres. Nous demandons aux autorités de nous aider afin qu’on ait un autre métier pour pouvoir s’en sortir, les pierres deviennent de plus en plus rares et coûtent cher. Nous payons la charrette à 3000f CFA, le bénéfice varie entre 250f CFA et 1000f CFA. Si un enfant est malade, il faut le soigner alors que les médicaments sont de plus en plus chers dans nos dispensaires. Ajouté à cela, la question de la nourriture et de la scolarité. Je me suis blessée plusieurs fois. La dernière fois, une pierre a déchiré mon bras droit (elle nous montre la cicatrice). Ce jour-là, j’étais obligée d’aller au dispensaire tellement je saignais. Nous n’avons pas de gants, de cache nez, de chaussures adaptées ni des combinaisons de travail, nous sommes très exposées. Quand une blessure survient, on est obligé d’enlever dans le peu d’argent qu’on a, pour se soigner. Il y a quelques jours de cela, des débris de pierres sont entrés dans les yeux d’un enfant, ses parents étaient obligés de l’emmener au centre de santé. Là, on leur a demandé plus de cinq cent mille francs CFA pour l’intervention. Comment faire pour avoir cette somme si on concasse des pierres. Nous demandons aux autorités de se pencher sur notre situation, c’est vraiment très difficile pour nous de subvenir à nos besoins. »

Ami Kaboré (Toute frêle et malade, quand nous l’avons approchée, elle avait même des difficultés pour s’exprimer)  : « Ce que je souhaite, c’est d’avoir à manger tous les jours, rien d’autre que la nourriture »

« Je suis malade, mais comment faire pour manger si je ne sors pas pour chercher ma pitance quotidienne. J’étais seule avec mon fils, mais lui aussi est parti en Côte d’ivoire il y a de cela plus de dix ans, me confiant à une famille. Mais à Ouagadougou, la vie est très chère et c’est chacun pour soi. Ce que je souhaite, c’est d’avoir à manger tous les jours, rien d’autre que la nourriture. Je sais que mes jours sont comptés, mais ce qui me réjouirait le plus c’est d’avoir à manger jusqu’au jour de mon dernier souffle. Ma fille, regarde mes mains (elle nous montre ses mains), mes doigts me faisaient mal, ce qui a occasionné une convalescence de plusieurs jours. Je ramasse également le sable ».

Ouédraogo Ramata  : « Mon mari est décédé me laissant seule avec mes sept enfants »

« Les pierres ne s’achètent presque plus. J’ai déposé ces pierres depuis la saison pluvieuse. Mon mari est décédé me laissant seule avec mes sept enfants, c’est à moi de les nourrir et les scolariser. J’appelle à l’aide, je vis en location dans un non loti, la location fait 3000FCFA mais souvent je n’arrive même pas à la payer. »

Taonsa Martine « Mon mari est hypertendu et paralysé, il y a de cela trois ans »

« Il y a de cela trois ans que mon mari est hypertendu et paralysé, toutes les charges familiales me reviennent (nourriture, santé, scolarité…), nous n’avons personne pour nous aider, c’est vraiment très difficile pour nous. »

Nabaloum Pousbila  : « Je ne sais pas si mon mari vit ou pas, depuis que je suis arrivé au Burkina suite à la crise ivoirienne, je n’ai plus eu de ses nouvelles. »

« Ma fille, tu vois, c’est parce que je ne me sens pas bien que je suis assise sur mes cailloux. C’est la crise ivoirienne qui m’a amenée au Burkina, mon mari est resté là-bas (ndlr en Côte d’Ivoire). Je n’ai aucune nouvelle de lui, je ne sais pas s’il vit ou pas. J’ai deux enfants, une fille qui fait la classe de quatrième et un garçon. Ce dernier est épileptique. Ma maison est tombée pendant la saison pluvieuse, mes bagages sont dehors, mes enfants et moi dormons également dehors. Qui pour m’aider à reconstruire ma maison d’ici la saison pluvieuse prochaine ? Je n’ai personne, c’est difficile et même très difficile pour moi et ma famille. Les mots me manquent pour exprimer ma souffrance. »

Raabo Zoenabo  : « Mon mari est décédé. Je ne veux ni chaussures, ni habits, mais seulement la nourriture et la santé »

« Mon mari est décédé. Certaines de mes filles se sont mariées, mais malheureusement leurs mariages n’ont pas connu de succès. Elles sont revenues vivre avec moi avec leurs enfants. J’ai neuf bouches à nourrir avec ce métier très pénible que je fais. Souvent nous ne prenons pas le dîner, faute de moyens, nous dormons le ventre creux. Ce matin, je n’ai pas mangé, je n’ai pas de quoi acheter à manger alors que je suis malade. Je m’abandonne à Dieu et j’appelle au secours les autorités de notre pays. Je ne veux ni chaussures, ni habits, mais seulement la nourriture et la santé. »

Sawadogo Emmanuel, l’un des enfants de Raabo Zoenabo que nous avons trouvé sur le site. Il nous parle les larmes aux yeux.

« Si je travaillais, je n’allais jamais laisser ma maman venir concasser les pierres ou ramasser le sable. Elle est très malade. C’est d’ailleurs, l’une des raisons qui m’ont amené à venir l’aider ce matin. »

Rita Bancé/Ouédraogo
Lefaso.net

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