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Excision : Une violation massive des droits des filles dans le Sanmatenga

mercredi 11 janvier 2017

Dans la province du Sanmatenga chef-lieu de Kaya, elles sont nombreuses (jeunes filles et femmes) à avoir connu le rituel de la lame ou du rasoir. Cette pratique affecte gravement le fonctionnement de l’organe sexuel, porte atteinte à la santé de reproduction chez la femme et, à la suite comporte des séquelles.

Habibou Ouédraogo, est une élève en classe de 6e. Native du village de Damesma situé à une quinzaine de kilomètres de Kaya, elle a subi le rituel de la mutilation génitale féminine dès son bas âge. Après plusieurs tentatives, elle se confie à nous. Aujourd’hui âgée de 17 ans, elle dit se souvenir du pire jour de sa vie comme si c’était hier. Et surtout, ce qu’elle a ressenti ce jour. « J’avais très peur. J’ai eu très mal. Et quand il s’agissait de prendre le bain, c’est comme si on me repassait la lame une second fois », a-t-elle dit sans pour autant rentrer dans les détails, après un long soupir. Avait-elle peur de dénoncer les auteurs ? L’on ne le saura jamais. Toutefois, elle n’a pas manqué de nous faire comprendre qu’elle a eu de la chance. « Je rends grâce à Dieu car je n’ai pas de séquelles », se réjouit-elle. Avant de se déclarer résolument en faveur de l’abandon de cette pratique.

Contrairement à Mlle Ouédraogo, Djarata que nous avons rencontrée au centre médical de Kaya n’a pas eu cette chance. Elle garde toujours les séquelles de cette pratique néfaste. « Je n’arrive pas à uriner », confie la petite fille de six ans d’une voie chargée d’émotion. Elle est bien trop petite, mais elle doit passer par la reconstruction afin d’espérer à une vie meilleure en tant que femme. Toutefois, cela ne se ferra pas du jour au lendemain. Malgré tout, elle est heureuse de constater que des efforts importants sont faits actuellement pour venir en aide aux filles et femmes souffrant des séquelles de l’excision. Toute chose qui lui donne du baume au cœur ainsi qu’à sa grand-mère. Cette dernière, sans vouloir trop la blâmer, est la responsable de ce qui arrive à cette petite innocente. Cette situation aurait pu être évitée si seulement, l’idée de l’amener chez l’exciseuse n’avait pas effleuré l’esprit de la grand-mère, avec bien entendu la complicité des parents. Hélas !

L’infibulation n’est pas fréquente à Kaya

En effet, dans la région du Centre-nord, les types d’excisions les plus récurrents sont ceux des types 1 et 2. « Le type 1 concerne l’ablation des petites lèvres. Le type 2 par contre prend en compte l’ablation des petites lèvres et des grandes lèvres », a précisé la sage-femme, Habibou Sawadogo/Ouédraogo. La forme la plus extrême de coupure, l’infibulation (type III) est rarement pratiquée à Kaya, poursuit la responsable maternité du Centre de santé de Kaya. Il s’agit notamment de l’ablation des petites lèvres, des grandes lèvres, plus une suture. Les personnes qui pratiquent ces excisions elles-mêmes ne connaitraient pas vraiment avec précision l’étendue de ce qu’elles coupent et encore moins pourquoi elles le font.

Aussi, à en croire Mohamine Sanfo de la communauté musulmane de Mané, un village situé à une trentaine de kilomètres de Kaya, il n’existe aucune mention de l’excision dans le Coran. Cependant, le sujet est effleuré dans une Hadith (Ndr, narration de la vie du Prophète) où l’on rapporte que le Prophète aurait dit à une exciseuse de Médina : « Lorsque tu effectues une excision, garde-toi bien d’enlever tout le clitoris. La femme demeurera épanouie et son mari profitera de son plaisir ».

La pression sociale, un facteur catalyseur à la pratique de l’excision

En fin de compte, mettre fin à ce fléau est une simple question de décision. Cependant, les poches de résistance sous des formes pernicieuses avec l’apparition de phénomènes nouveaux rendent difficile l’éradication de la pratique. Il s’agit notamment de la clandestinité, la baisse de l’âge à l’excision, la migration des exciseuses à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. « Selon les investigations que nous avons menées auprès des populations, des leaders et personnes âgées, il ressort que ces résistances sont dues à la pression sociale », a ajouté l’acteur terrain de l’Association pour le développement intégré du Burkina Faso, Issouf Ouédraogo. « Une exciseuse nous a dit avoir fait 16 mois à la maison d’arrêt et de correction pour avoir excisé des filles. Mais, selon elle, c’était la force parce qu’elle avait l’autorisation du chef coutumier », a-t-il expliqué.

L’excision étant une atteinte intolérable à la dignité, à l’intégrité physique et mentale des femmes, les acteurs impliqués dans la lutte doivent plus que jamais s’engager afin que la tolérance zéro soit une réalité au Burkina Faso.

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

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