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Harmattan et enfants : Les conseils pratiques de Dr Odile yugbaré épouse Ouédraogo, pédiatre

lundi 19 décembre 2016

La période de l’harmattan au Burkina Faso rime avec poussière et fraicheur. Le constat que l’on fait pendant cette période, est qu’il y a plus de maladies qui sont diagnostiquées. Surtout chez les plus jeunes. Soucieux des conséquences néfastes que l’harmattan pourrait engendrer sur la santé de nos tout- petits, nous avons approché la pédiatre Solange Odile Yugbaré épouse Ouedraogo afin d’avoir de plus amples informations et des conseils pratiques en vue d’aider les parents à prévenir certaines maladies. Par ailleurs, nous avons profité de l’occasion pour en savoir plus sur comment bien prendre soin du nourrisson dès sa naissance jusqu’à l’Ablactation. Vous en saurez plus en lisant cette interview riche en contenu.

“Il faut éviter d’exposer les enfants par les sorties non obligatoires”

Lefaso.net : Pouvez-vous vous présenter ?

Dr Solange Odile Yugbaré épouse Ouedraogo : Je m’appelle Dr Solange Odile Yugbaré épouse Ouedraogo, maitre de conférence, agrégée de pédiatrie de l’université Ouaga I Professeur Joseph KI Zerbo, chef de clinique de l’unité des nourrissons au Centre hospitalier pédiatrique Charles De Gaules (CHUP-CDG)

Que doit-on faire pour mieux protéger les enfants en cette période d’harmattan et de poussière ?

En cette période de l’harmattan pendant laquelle souffle un vent chaud et sec qui véhicule de nombreux agents microbiens, pour mieux protéger les enfants, il faut éviter de les exposer par les sorties non obligatoires pour les tout- petits et en protégeant les portes d’ entrée des microbes comme les narines en appliquant de la pommade qui empêche leur progression dans l’ arbre respiratoire et en protégeant les aliments qui doivent être consommés pour éviter la pollution par la poussière.

Quel impact cette période a sur la santé des enfants ?

L’impact de la poussière pendant la période de l’ harmattan est la recrudescence d’un certain nombre de maladies infectieuses dont les pics de fréquence sont observés à cette période.

En cette période d’harmattan et de poussière, quelles sont les maladies les plus diagnostiquées chez les enfants ?

Au cours de cette période, les maladies les plus diagnostiquées sont les maladies respiratoires (rhinite, bronchite, pneumonie, asthme, les infections du système nerveux central dominées par les méningites et les gastroentérites qui sont des tableaux cliniques de diarrhée et vomissements accompagnés souvent de fièvre

Quels conseils avez-vous à donner aux femmes qui vendent les friandises aux abords des voies en cette période de poussière, puisque ce sont les enfants qui les achètent et les consomment pour la plupart ?

A ces bonnes femmes qui assurent la survie de leur famille grâce au commerce de friandises, nous leur demandons de respecter les règles d’hygiène élémentaires sur toute la chaîne depuis la préparation des différents aliments, la friture et la vente par un lavage simple des mains pour tout contact avec les aliments, la protection contre les mouches ; d’ utiliser des huiles alimentaires de bonne qualité et de recouvrir les aliments après la cuisson en évitant bien sûr de mettre l’ argent dans les friandises

“Dès la naissance il faut allaiter le nouveau-né pour augmenter les chances de survie”

Comment prendre soin de son enfant dès sa naissance ?

La bonne prise en charge d’un enfant débute dès sa conception dans le sein de sa mère par une alimentation équilibrée de la mère, éviction de stupéfiants ou produits toxiques, un bon suivi des consultations prénatales et l’accouchement dans une formation sanitaire.

Dès la naissance, il faut allaiter le nouveau-né pour augmenter les chances de survie, avoir une bonne hygiène corporelle et de l’ environnement de l’enfant, assurer les autres soins essentiels que sont l’ éviction de l’hypothermie par un environnement chaud et la proscription des bains avant la 24eme heure , les soins oculaires, les soins du cordon ombilical selon les prescriptions médicales.

Il y a aussi des gestes dommageables à la santé du nouveau-né qui doivent être déconseillés tels que les purges et les lavements car ils peuvent induire le mauvais fonctionnement de certains organes tel que le rein ou des lésions dans l’appareil digestif responsable d’hémorragies, etc.

Comment prévenir les maladies chez le nourrisson ?

Pour prévenir les maladies il y a de nos jours ce que l’on appelle le concept des mille premiers jours qui va de la conception jusqu’ à l’âge de vingt-quatre mois et qui comporte le suivi de qualité des grossesses et de l’accouchement, l’allaitement et les soins essentiels du nouveau-né.
Il faut également signaler le suivi de la promotion de la croissance appelé dans la communauté les pesées, qui comporte également le volet important des vaccins du programme élargi de vaccination et les conseils.

Quels conseils pratiques avez-vous à donner aux mamans pour une alimentation saine de leurs enfants ?

L’alimentation de l’enfant reste une grande préoccupation du pédiatre car elle est la clé de la bonne santé de l’enfant qui je vous l’ai dit, débute dès la conception.

L’allaitement du nouveau-né dès la naissance jusqu’ à l’âge de six mois selon les recommandations de l’organisation mondiale de la santé (OMS) va apporter les nutriments nécessaires, mais est aussi considéré comme le premier vaccin de l’enfant, cela signifie qu’il ne faut pas ajouter de l’eau ni des tisanes etc. car le lait de mère contient plus de 80% d’eau. Malheureusement au Burkina Faso, seuls 16% des mères respectent ces conseils.

Quels aliments préconisez-vous pour les enfants à partir de l’âge de six mois ? Et Ablactation ?

Dès l’âge de six mois va se faire la diversification qui consiste en une introduction progressive des légumes ; céréales, dérivés du lait, légumineuses fruits et enfin les protéines avec la viande, le poisson et les œufs.

Tous ces aliments devront au départ être écrasés pour favoriser leur déglutition, digestion et absorption intestinale et introduits un à un.
Une étude faite au Centre hospitalier pédiatrique Charles De Gaule (CHUP *CDG) en 2014 a montré que 39, 4% des mères ont donné des aliments solides aux enfants avant l’âge de 6 mois

Ainsi après l’âge de six mois, le nourrisson aura théoriquement deux bouillies ou purées de légumes et continuera de téter à volonté puis progressivement on aura cinq repas avec toujours les tétées à volonté.
L’enfant ne pourra manger et assimiler le plat familial qu’après l’âge de douze mois. Avant cet âge, il aura parfois un bon appétit mais son organisme ne pourra pas assimiler les nutriments ingérés.

L’enquête nutritionnelle nationale de 2012 montre que la majorité des enfants de six à vingt-quatre mois au Burkina Faso ont une faible diversification alimentaire avec seulement 5% qui consomment au moins 4 groupes d’aliments par jour.

Après l’ablactation, l’enfant est souvent alimenté uniquement au plat familial à base de céréales sans laitage et peu de fruits et protéines.

Quel appel avez-vous à lancer ?

Le problème de la survie du nouveau-né et de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant restent une des préoccupations majeures des pédiatres du Burkina Faso afin d’atteindre les objectifs du développement durable d’ici 2030.

Nous lançons un appel à toutes nos mères, sœurs et filles pour un suivi de leurs grossesses et un accouchement dans les formations sanitaires afin que la joie de l’attente et de l’accueil d’un enfant au sein d’une famille soit toujours une source de joie

Dans un deuxième temps, une hygiène rigoureuse corporelle et de l’environnement de cet enfant, l’allaitement puis le suivi de la promotion de la croissance avec la vaccination et enfin une diversification bien conduite pour éviter la dénutrition qui fait le lit de toutes les pathologies infectieuses de l’enfant.

Nous remercions Faso. net pour l’ intérêt qu’ il porte aux tout- petits et profitons de leur plume pour demander à toutes les personnes morales ou physiques sensibles au bien-être de nos enfants, avenir de l’ humanité, de nous accompagner dans l’élaboration et la diffusion de manuels de conseils de puériculture et menus locaux pour accompagner les mères du Burkina Faso dans la prise en charge des nouveau-nés et l’ alimentation des nourrissons.

Interview réalisée par Rita Bancé/Ouédraogo pour le Faso.net

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